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Phillips

‘Parfum d'épines'
PHILLIPS X V.O

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Phillips Auction House and V.O Curations are pleased to present a novel reading of Charles Baudelaire's collection of poems Les Fleurs du Mal through the spectrum of contemporary art, exploring the seminal concept of the double postulation that has protruded beyond the literary universe of the French poet. The exhibition features the works of 9 contemporary artists that play upon the duality of the Baudelairian ethos and its fascination for antithetical pairings, the atemporal resonance of what the poet refers to as the "two inseparable abysses of the human soul". Parfum d'épines was supported by Parcours Saint Germain (2019) and Outset Contemporary Art Fund.

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Charles Baudelaire a bâti son univers poétique dans l'atmosphère parisienne des années 1850, une période pendant laquelle la misère coexistait avec la plus grande des sophistications, où la ville de Paris a connu de drastiques transformations urbaines. Flânant le long des avenues Haussmanniennes éclairées aux becs de gaz, le poète regrette le passé. Pourtant c'est cette modernité émergente, son dynamisme et sa vulgarité qui l'ont conduit à développer une nouvelle forme de poésie. Fervent catholique, auteur de scandaleux blasphèmes qui lui ont valu d'être condamné et censuré, Charles Baudelaire a fait de la dualité son axiome fondamental, étant lui-même divisé entre la quête du Beau et l'inévitable abysse du péché. Puisant dans la tendresse et la haine, le parfum et les épines, Les Fleurs du Mal - recueil publié en 1857 - sont telle une prouesse de la Beauté inextricablement liée au Mal. La cohésion de ces polarités permet de faire sens dans des directions opposées sans pour autant les disjoindre. En considérant la paire antithétique comme un tout, Baudelaire forge la notion de double postulation, cœur de son univers littéraire. L'exposition Parfum d’épines cherche à en révéler l'écho dans le domaine de l'art contemporain.

Les sculptures abstraites et composites de Daiga Grantina ressemblent à des organes palpitants, des pans de chairs dont le plasma et les fluides vitaux auraient été drainés. Elles s’apparentent à une version plus asséchée des viscères du "ventre putride" de la Charogne. Tulle, coton, mousse et silicone : les tissus ondulés se déversent dans l'espace et déploient un univers de signification riche suggérant à la fois le végétal, le médical et le délicat. Ces plis voluptueux sont semblables à des amphores elles-mêmes ressemblant à un intestin. On entend résonner les vers de Baudelaire dans lequel le souvenir d'un cadavre devient une source de création esthétique: " et le ciel regardait la carcasse superbe comme une fleur s'épanouir ". De la même façon, le bouquet d'entrailles d'Oda Jaune rapproche le floral de l'intestinal. Les organes sanglants qu'elle représente sont plus réalistes que ceux de Daiga Grantina en ce qu'ils possèdent encore leurs fluides vitaux qui permettent au cadavre de fleurir chez Baudelaire, à une photosynthèse corporelle d'advenir. Aussi, après l'extraction de ces fleurs de sang, le bouquet de viscères, est maintenu en vie extra-corporellement. Sous le prisme baudelairien se laisse entrevoir tout un imaginaire de l'amour dévorant et des "amours décomposés".

Dans le bouquet de Victor Man, réminiscence des fleurs maladives du poète, la vie semble se cacher sous un masque mortuaire: les fleurs de chardon apparaissent fanées alors qu'elles sont en pleine floraison. Au lieu d'être parées de leur naturelle teinte améthyste, elles portent le gris. La fleur de chardon, utilisée comme un aphrodisiaque à l'époque Élisabéthaine, couplée avec le squelette, évoque les memento mori, ces peintures illustrant la locution latine " souviens toi que tu vas mourir ". Elles réunissent les symboles de deux pulsions majeures, à savoir l'Eros et le Thanatos, que Baudelaire convoque quand, dans Femmes Damnées (Delphine et Hippolyte), il trouve sur un sein "la fraîcheur des tombeaux !". Les profils aplatis de Robert Brambora ne privilégient pas le rendu sculptural du modèle mais plutôt leur être émotionnel. Ainsi, ce qui est normalement intime se trouve dévoilé, l'extérieur et l'intérieur se confondent en des paysages de soleils et de nuages. Si l'on établit une référence avec les Correspondances de Baudelaire, l'œuvre de Brambora nous fait voir le monde naturel comme "un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles". Dans ce monde, véritable " forêts de symboles ", l'humain est étroitement lié à la flore et à la faune.

La fascination de Pedro Wirz pour la métamorphose des amphibiens - de leur apparence à leur habitat, passant de l'œuf à la grenouille, de l'eau à la terre – imprègne sa production artistique. Marqué par les mythes et les rituels brésiliens auxquels il a été exposé dans l'enfance, l'artiste traite l'animal avec une dimension spirituelle et l'élève, peut-être, au rang d'alter ego. En plus de cette notion de dédoublement, on trouve également dans ses œuvres, le rapport d'inversion et le devenir autre explicité par la grenouille moulée en cire d'abeille.

En employant l'aluminium, Jean-Marie Appriou transforme un matériau industriel en matière organique, créant son propre microenvironnement ; cyprès, chauve-souris et serpent peuplent ce monde métallique. Un certain mysticisme se trouve entremêlé à une ténébreuse perception. Le cyprès symbolise à la fois la mort et l'aspiration ascétique et le serpent expulsé du Paradis nous rappelle l'indolente tentatrice du Serpent qui Danse. Après avoir été confiné aux enfers, une chauve-souris baudelairienne s'élance et surgit dans la lumière cherchant éperdument l'Espoir et sera finalement incapable de quitter sa grotte. Si la chauve-souris de Jean-Marie Appriou se bat pour s'élever, l'oiseau de Muriel Abadie choit vertigineusement comme l'Albatros de Baudelaire. À travers l'énergie conférée par la forme esquissée, Muriel Abadie a transposé le dynamisme de l'oiseau, sa liberté et sa mobilité à l'âme du poète qui mène à la fois une existence terrestre et céleste. Chutant vers le sol, peut-être même déjà retenu par lui, le vol est interrompu et la maison vide ressemble à une cage. Entre l'ascension et la chute, cygne ou albatros, le poète n'est jamais aussi éloigné des Hommes que quand il est parmi eux. La figure fantomatique de Sonya Derviz quant à elle, reflète la dualité de la condition humaine: multitude de facettes en une seule entité.

Les achromes de Claude Bellegarde encerclent cet inhérent jeu de doubles à travers l'emploi du blanc, une non-couleur ayant le potentiel d'être néant et origine, une blancheur féconde, un point zéro de l'espace qui n'est plus soumis au despotisme de la perspective. Dans le travail de l'artiste, les plis, les larmes et les rides affirment leur corporéité et donnent l'impression d'une matière travaillée vivante tel un papier froissé que Baudelaire assimile à une compression du cœur.